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Regards croisés avec Marc Deluzet – Deuxième partie : Du participatif

ImplicationSuite de nos regards croisés avec Marc Deluzet (1), autour de l’ouvrage collectif « La grande transformation de l’entreprise » (2). [Lire la première partie : 1. Du métier …] 2.  Du participatif … AM+DA : Il n’existe pas de changement pérenne sans démarche participative. Parce que sans participatif, il ne peut y avoir d’appropriation, donc, là non plus,  pas d’engagement des collaborateurs. Sur ce principe, nous sommes là aussi en phase vous et nous.

En revanche, nous défendons un point de vue différent du votre quand aux conditions de réussite du participatif... Dans La grande transformation de l’entreprise, vous prônez un « droit d’intervention » des salariés, et vous allez jusqu’à présenter les grandes ligne de la méthode qui mènerait à ce droit : commencer par un diagnostic partagé, mené au plan national, sur l’intérêt du participatif,  poursuivre par une négociation entre partenaires sociaux sur les modalités concrètes de ce droit d’intervention, et déboucher sur une loi cadre votée au Parlement. Pour nous, le participatif ne se décrète pas. Il résulte de l’action managériale, avec deux conditions de réussite. Premièrement, et ce n’est pas ambivalent, une forte directivité en amont. Plus vous donnez des espaces d’expressions aux collaborateurs, plus vous devez être directif en amont sur ce que vous attendez d’eux.  Ensuite, le participatif ne s’improvise pas. Il nécessite, sur toute la chaîne (composition des groupes d’expression, champ de l’expression, méthode d’animation, exploitation des productions, communication interne …) un savoir faire pointu.  Et cela renvoie aux compétences mobilisées par l’entreprise, en interne où avec l’aide de consultants. Si le participatif était institutionnalisé au travers du « droit d’intervention », ne risquerait-t-il pas de faire long feu comme les « groupes d’expression directe » à leur époque ? MD : Les groupes d’expression des lois Auroux  ont justement fait long feu parce que le pouvoir politique de l’époque n’a pas pris en compte les deux éléments que vous mettez en avant : l’absence de directivité a conduit à laisser ces groupes d’expression se focaliser sur la stratégie économique globale de l’entreprise au lieu de se concentrer sur les questions concrètes du travail et du métier ; l’idée que le participatif va de soi a conduit à mettre ensemble la hiérarchie directe, les représentants du personnel et les salariés. Dans notre livre, nous proposons justement d’organiser l’échange et l’intervention des salariés sur leur travail, c’est-à-dire sur l’organisation de leur travail et sur les pratiques professionnelles qui sont les leurs, à partir des deux points que vous soulevez : la directivité – nous disons clairement que le sujet est le travail, sa qualité et l’efficacité des salariés – et une méthodologie, qui peut être apportée par des consultants bien sûr, au démarrage, mais qui peut progressivement être assimilée et intégrée par l’entreprise. Simplement, cette vision qui nous est commune ne va pas de soi. Il est nécessaire de créer une dynamique collective générale pour poser les questions que vous abordez. C’est pourquoi nous proposons que soit engagé un chantier de même ampleur que celui qui est mené aujourd’hui sur la question des accords de maintien dans l’emploi ou de la gestion des compétences. Il ne s’agit pas de fixer dans la loi ou l’accord national interprofessionnel le détail des dispositions à prendre, il s’agit de mener un débat national sur l’opportunité du participatif et sur les conditions de son efficience, de fixer un cap, une orientation et de donner du sens pour que les idées que vous défendez vous-mêmes ne restent pas lettre morte ou simplement réservés à quelques îlots de salariés, en fonction de la vision de leurs dirigeants et de la qualité des consultants choisis. Il s’agit d’un impératif de compétitivité national. A suivre … 3 – De la gouvernance … (1) Marc Deluzet est un spécialiste des politiques sociales, de la responsabilité sociale des entreprises et de la mondialisation. Ancien secrétaire confédéral de la CFDT, il est aujourd’hui le Délégué général de l’Observatoire social international, un laboratoire d’idées et d’initiatives réunissant les acteurs du monde de l’entreprise, présents sur plusieurs continents. (2) David Chopin, Marc Deluzet, Roger Godino, « La grande transformation de l’entreprise », (Travail, sens et compétitivité) – Les Editions de l’Atelier – 2012

 
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